Les réponses des candidats à l’interpellation des Amis du Gollet !

L’association Les Amis du Gollet avait adressé le 29 mai deux questions à chacune des neuf listes aux élections régionales (Auvergne Rhône Alpes) et quatre listes (dans le canton de Bourg Saint Maurice) aux élections départementales des 20 et 27 juin. Nous avons reçu quatre réponses que nous publions ci-dessous, en remerciant leurs auteurs. Si nous recevons d’autres réponses d’ici au premier tour, nous les publierons de même. Comme annoncé, l’association contribue à l’animation du débat mais ne prend pas parti ni ne donne de consignes de vote.


Réponse reçue le 3 juin de Fabien Clier, tête de liste en Savoie aux élections régionales pour la liste citoyenne Union Essentielle :

Je constate au jour le jour que la situation économique dans les stations savoyardes est catastrophique, notamment des suites de l’année blanche imposée par le Diktat macronien.

Soyons clairs, il ne s’agit pas là d’une mesure sanitaire encadrée par des dispositifs légaux, il s’agit là d’une punition collective.

Indépendamment de ce grave constat de dérive des modalités de fonctionnement de notre ex « République », je partage l’impératif évident du développement d’alternatives au tout ski, pour conforter l’économie locale et impulser une nouvelle dynamique sociale.

Cependant, il y a lieu tout lieu d’être très prudent quand aux intentions réelles d’une société comme Odalys.

J’en ai une expérience, à titre personnel, en tant qu’ex propriétaire :

  • Leur leitmotiv est, avant toutes choses, de développer des projets immobiliers pour pourvoir à la demande de défiscalisation.
  • Leur préoccupation est un peu moins de participer au développement des tissus économiques locaux. Le développement de l’offre immobilière d’Odalys ne s’intéresse pas aux besoins réels, cela signifie, en clair, qu’ils engagent la construction de complexes sans même avoir étudié le marché. Cette stratégie carnassière est un épouvantable gâchis dans un pays qui manque cruellement de logement. Le résultat, ce sont des immeubles vides à foison dans des villes sans besoin, ou encore des complexes touristiques aux taux de remplissage exceptionnellement bas.

L’absence patente de gestion qui suit l’émergence de complexes touristiques disproportionnés et hors besoin, nuit in fine aux propriétaires, au développement local, et induit des dégâts écologique majeurs.

Aussi, la Mairie de Montvalezan pourrait attendre de moi en tant qu’élu, un appui sérieux dans l’objection constructive, face à des investisseurs aux intentions pas toujours très claires.

Un tel projet doit inclure, a minima, de sérieuses contreparties quant au développement économique local, et en amont apporter la garantie, par le biais d’une étude de marché sérieuse, que l’offre proposée répond bien à un besoin existant.


Réponse reçue le 8 juin de la part de Laurence Regnier et Anthony Favre avec Marie-Noëlle Ley et Gérard Vernay, candidats aux élections départementales :

En tant que candidats aux élections départementales vous nous interpellez quant au projet urbanistique sur la commune de Montvalezan.

Ce dernier consiste à la création d’une résidence de tourisme.

L’urbanisme n’étant pas du domaine des compétences départementales, l’avis d’un élu départemental sur un tel dossier ne peut être que consultatif.

Nous n’avons aucune idée de ses spécificités (surface restante à construire sur la commune suivant le SCoT Tarentaise, capacité en eau potable et assainissement, pourcentage des lits professionnels sur le site, dossier de compensation en cas de coupe forestière, etc…).

Nous ne connaissons pas le projet et, par conséquent, il nous est délicat de donner un avis.
Une position de notre équipe ne pourrait être communiquée que suite à l’instruction complète de la totalité des documents concernés.

Notre projet en la matière, si les électeurs nous font confiance, s’articule autour de la remise en location des biens de location et des nouveaux projets urbanistiques créés en fonction de l’actuel Schéma de Cohérence Territoriale de la Tarentaise qui, rappelons-le, a été voté en 2017.


Réponse reçue le 14 juin de Mathias Beauval et Mélanie Pocquet, candidat aux élections départementales (Savoie Ensemble pour le Canton de Bourg Saint Maurice – Aime) :

Nous sommes pour l’optimisation du parc immobilier existant en station afin d’éviter le phénomène de lits froids et pour la préservation des espaces naturels.

Aussi, nous vous apportons notre soutien concernant les démarches que vous effectuez concernant la densification du quartier du Gollet.


Réponse reçue le 14 juin de la liste L’écologie c’est possible (élections régionales) :

« Dans quelle mesure ces projets de la mairie de Montvalezan vous paraissent-ils compatibles avec les politiques que vous proposez dans le cadre des compétences régionales (développement économique, aménagement du territoire et environnement, …) » ?

A priori, les projets portés par la mairie de Montvalezan ne nous paraissent pas compatibles avec les politiques que nous voulons porter en faveur de l’avenir de la Montagne : une Montagne habitée en 2030, objet du Plan Montagne que nous mettrons en oeuvre lorsque nous serons élus.

Notre constat c’est que la Montagne est aux avant-postes du changement climatique. Ici plus qu’ailleurs, nous constatons déjà les impacts : dégradation du permafrost, recul des glaciers, diminution de l’enneigement, remontée de la limite pluie-neige, diminution des jours de gel… augmentation des risques naturels, avec des conséquences économiques et sociales qui si elles ne sont pas anticipées par les politiques publiques menacent l’économie de la Montagne et la vie à la Montagne.

Avec une économie essentiellement tournée vers l’Or Blanc (et qui guide l’aménagement de la Montagne depuis des décennies, avec le Plan Neige en Savoie par exemple), seules une vingtaine de stations hivernales survivront sur 300 stations actuellement (source France Montagne) et ce sont principalement les stations de moyenne altitude (1200-1500 m) qui seront touchées.

Ce modèle de développement économique « capitalistique » de rentabilité de l’activité ski reposant sur le duo : extension des domaines skiables devant être rentabilisée par des investissements immobiliers (constructions de lits) n’est plus tenable à court et moyen terme ! Ce modèle bétonnant et polluant est mortifère pour le milieu (terrassement, retenues collinaires pour fabrication de neige artificielle…), excluant pour une grande partie de la population à cause du coût de l’activité ski (devenu élitiste et tourné vers une clientèle riche, étrangère que l’on sait versatile) et n’arrive pas à solutionner la détérioration du parc immobilier et le phénomène des « lits froids ».

Si les élus des territoires, ont compris (notamment avec la crise COVID) qu’il faut trouver d’autres modèle de développement économique de la montagne, ils restent écartelés entre une volonté affichée de transition et une réalité de la focalisation de l’économie et des investissements pour faire durer encore un peu le tout ski, et l’or blanc.

Les projets urbanistiques et touristiques portés par la mairie de Montvalezan sont symptomatiques et cela se fait au détriment des habitants et de la préservation du milieu.

Une nécessaire adaptation aux changements climatiques : transformons les stations de ski en stations de montagne en permettant aux habitants de rester vivre à l’année et en préservant le milieu

Dans les Alpes, le réchauffement climatique va deux fois plus vite que sur le reste du territoire, et cela menace tout un pan de l’économie, de notre mode de vie et impacte la biodiversité. Nous souhaitons que nos politiques publiques régionales soient à la hauteur des Accords de Paris. Tenir le cap d’une réduction de 55% de nos émissions de gaz à effets de serre à 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2050, passe par un aménagement du territoire plus sobre en équipements, moins polluant et un modèle économique, touristique durable et par là même accessible au plus grand nombre.

La région possède des compétences en aménagement du territoire et en environnement et s’appuie sur le Schéma Régional d’Aménagement de Développement Durable et d’Egalité des Territoires (SRADDET). Ce schéma fixe des objectifs en matière d’équilibre et d’égalité des territoires dont une gestion économe de l’espace, en matière d’habitat…

En matière de développement économique elle met en oeuvre un Schéma Régional de Développement Economique d’Innovation et d’Internationalisation (SRDE-II) qui fixe entre autres les aides à l’investissement immobilier.

Ces deux outils permettent de fixer des règles et des orientations que les collectivités locales doivent elles même prendre en compte dans leurs outils (SCOT ? PLU par exemple) pour être compatibles.

De plus, la Région peut au travers de son Plan Montagne financer des projets d’infrastructures touristiques et urbanistiques.

Parmi les mesures du « Plan Montagne vivante en 2030 », la Région écologiste ne financera plus des projets d’extension des domaines skiables, de fabrication de neige artificielle et de construction de lits touristiques en masse et consommateurs de foncier.

La Région écologiste soutiendra :

  • les projets de reconversion innovants et écoresponsables des stations hivernales en stations de montagne promouvant un « tourisme 4 saisons »
  • les projets éco-touristiques respecteux de la préservation du milieu, des ressources en eau et intégrant l’adaptation aux risques naturels
  • les projets de rénovation thermique du parc immobilier existants (isolation) et favoriser l’utilisation des matériaux renouvelables et les constructions modulaires sur fondations légères.

Pour cela, la Région mettra à disposition des collectivités de l’ingénierie pour l’aide à la définition de stratégies de reconversion des stations par exemple. La Région réaffectera les financements du Plan Montagne (notamment ceux axés sur la fabrication de neige artificielle) pour les types de projets pré-cités par exemple.

« Si les urnes vous sont favorables, quel type de dialogue engagerez-vous à ce sujet avec la mairie de Montvalezan ? »

Au regard de la compétence « urbanisme » appartenant à la commune, la Région ne pourra intervenir directement et contraindre des élus locaux à renoncer à un projet urbanistique de ce type.

La Région aura pour rôle de dialoguer avec la commune afin de sensibiliser sur la fragilité du développement économique actuel, sur la nécessité de trouver des solutions d’aménagement plus durables, en démontrant que d’autres stratégies sont possibles et qu’elles marchent tourisme doux, économie touristique basée sur la valorisation de l’existant, du patrimoine naturel, historique, les activités d’artisanat et d’agriculture…La Région pourra être facilitatrice de la mise en réseau avec d’autres villages, stations ayant développé d’autres modèles économiques. La Région soutiendra à ce titre le droit à l’expérimentation des territoires.

Ce dialogue prendra la forme de “contrat local de transition”. La Région proposera aux intercommunalités un soutien humain et financier pour les accompagner dans l’élaboration et l’atteinte de leurs objectifs de transition écologique, économique et sociale. Ces contrats pluriannuels auront vocation, au travers d’une approche transversale, participative et coopérative, à faire converger les intérêts locaux et régionaux pour accélérer la transition.

Au-delà d’établir un dialogue avec la commune, la nécessité de repenser, réinventer la Montagne devra se faire à l’échelle de chaque bassin de vie, de chaque station ayant chacunes leurs spécificités. Changer de modèle économique pour s’adapter au changement climatique est une question de choix de société qui doit être partagé par tous les acteurs locaux : élus, habitants, acteurs du monde économique de la Montagne…Désormais, il n’est plus possible que des projets tels que ceux contre lesquels vous vous battez émergent en mettant les habitants à l’écart des décisions structurantes pour l’avenir des villages et stations de montagne. Aussi, nous agirons en mettant en place une conditionnalité des aides régionales pour mettre en place des politiques allant dans le sens de la transition écologique, de l’égalité femme homme et de la relocalisation.

Pour conclure, le projet de transition écologique, de justice sociale et de renouveau démocratique que nous portons n’a pas pour objet d’arrêter l’activité du ski, ou d’imposer des contraintes aux élus. Il a pour objet d’accompagner les habitants, les collectivités qui souhaitent relever les défis liés au changement climatique. La montagne au-delà du tout ski, du développement à outrance d’équipements c’est possible.